Le Passe Muraille

Reconnaissance à Georges Haldas

Georges Haldas @Horst Tappe

Une présence vivifiante

 

Georges Haldas passera, en août 2007, le cap de ses 90 ans. Pas un instant, cependant, la notion de « grand âge » ne nous est venue à l’esprit en pensant à cette date, pas plus que ce ne fut le cas lorsqu’a été fêté, en décembre dernier, un autre nonagénaire en la personne de Maurice Chappaz, qui fut l’ami de jeunesse d’Haldas.

Ces deux écrivains, parmi les plus éminents qui ont fait oeuvre en Suisse romande, en imposent également par la constance de leur fécondité littéraire, par la fraîcheur inaltérée de leur verbe, qui se vérifiera en ces pages, et par le rayonnement de leur présence. La présence de Georges Haldas est d’abord présence au monde, vécue dès chaque aube par le poète entrant en relation avec le vivant, puis avec les vivants. Nonante livres, poèmes et récits, chroniques surtout, modulent cette expérience à la fois existentielle et poétique d’un homme qui a consacré sa vie entière à ce qu’il dit l’état de poésie. Rien d’établi pourtant dans cet état qui est à la fois absorption, relation, consumation et transmutation.

Nous sommes heureux d’accueillir, dans cette livraison qui s’ouvre sur un poème inédit de Georges Haldas, des témoignages d’estime et d’amitié venant d’auteurs de quatre générations et de sensibilités variées. Un signe doit être adressé, aussi, à Vladimir Dimitrijevic, le compagnon fidèle et l’éditeur. Avec l’espoir de contribuer, enfin, à la défense d’une oeuvre vivifiante. JLK

AURORE

Vint l’ombre vint le jour
Et puis entre les deux
la plus que tendre aurore
Semant l’or sur les blés
sur les arbres fruitiers
sur les vieilles maisons
sur l’eau de la rivière
Sur les rues familières
de ma ville où très tôt
le matin je sortais
pour la voir apparaître
toujours fraîche et légère
Et dont les doigts de rose
comme le dit Homère
vont jusqu’à doucement
caresser le front blême
des blessés des mourants
dans nos maudites guerres
Et ai noté ceci
dans mon petit carnet
il n’y a pas longtemps:
« Dans un monde aujourd’hui
où désormais ne brille
que l’argent non l’aurore
Je le dis franchement
Je rends mon passeport »
Tu peux sourire Aurore
et néanmoins c’est vrai
Je sais que tu le sais
Ainsi soit-il Aurore
Je peux mourir en paix

G.H. (Poème inédit)

 

Pour lire George Haldas

L’essentiel de l’oeuvre de Georges Haldas, comptant plus de quatre-vingts titres, a été publié à l’enseigne de L’Age d’Homme, à Lausanne. L’ensemble se subdivise en une quinzaine de recueils de poèmes, rassemblés dans le volume de la Poésie complète, en 2000 ; divers essais et traductions, notamment d’Umberto Saba; une quarantaine de chroniques, où voisinent le premier cycle familial (de Boulevard des Philosophes au récent Ô ma soeur, en passant par la Chronique de la rue Saint-Ours, constiuant peut-être le meilleur accès initial à l’oeuvre); les six livres de la Confession d’une graine; les Légendes, des cafés et des repas; enfin la douzaine de volumes des Carnets de L’Etat de poésie, dont Les Minutes heureuses, en 1973, inauguraient la suite avec une préface fondatrice.

Dans les parutions récentes, L’Espagne à travers les écrivains que j’aime, préfacé par Serge Molla, rappelle quel grand lecteur fut Haldas ; et la chronique Le Tournant évoque la rupture d’avec Paris et la rencontre de Vladimir Dimitrijevic. Jean Vuilleumier a consacré à son ami la meilleure étude qui soit à ce jour, sous le titre de Georges Haldas ou l’État de poésie. Une bibliographie complète est disponible sous le titre de L’Homme qui écrit, définition même de celui qui récuse le titre d’écrivain. (JLK)

(Le Passe-Muraille, No 72, Mai 2007)

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