Le Passe Muraille

La redoute de Max

Schoendorff, collectionneur impassible,

par Fabrice Pataut

Codicille 3

 

 

Autre chose encore, qui tient autant du théâtre de Gombrowicz que de la rue Victor-Hugo puisqu’à l’évidence ce qui se présente au spectateur comme au visiteur s’impose comme une emphase obsessionnelle et répétitive. Le risque est grand d’abuser des figures de rhétorique. L’excès déclamatoire ou pindarique fait facilement pencher vers le style ampoulé. De même l’accumulation des objets, qui n’est ici que celle des effets du hasard, comme si l’on entrait dans un lieu voué au culte de la divinité des causes inconnues. Des autels partout : sur la commode de l’entrée, ci et là sur les bureaux, eux-mêmes multipliés comme autrefois les pains, ou encore devant les livres rangés sur d’innombrables étagères. Posés, suspendus, adossés, remisés, accrochés — autant de colifichets, d’amulettes, de pièces détachées, de fragments naturels ou mécaniques. Le souvenir qu’on en garde est d’un amassement de choses disparates sans d’autre lien que le lieu dernier de leur destination. C’est là qu’elles reposent et l’appartement les enferme sur une scène sans coulisse. Les acteurs de la comédie de l’impossible dénombrement sont disposés sur le plateau sans être passés par derrière. Ils sont là dans leur milieu naturel, les braves bêtes, sans l’artifice de la mise en scène, sans préparation bien que faussement à l’aise. Ils jouent pour nous une farce tragique, la farce des marins tondus, des princesses taiseuses, des ectoplasmes, des jeunes hommes blonds qui portent leurs baskets sans chaussette.

Je ne savais pas, avant que Gilles Ghez ne m’en parle comme d’une grotte à décevoir les curieux, que la rue Victor-Hugo était à ce point… comment dire…? flegmatique, à l’image du maître de céans qui s’occupe à collectionner, à répartir les rôles, à se moquer du monde avec un petit sourire en coin. Personne ne sera ménagé, pas plus les délateurs et les sycophantes que les curieux bien intentionnés. Et comme nous sommes assis là dans notre fauteuil à attendre que quelque chose se passe, qu’un texte soit joué, que le meilleur acteur triomphe au grand dam des petits copains, eh bien, mes chers, rien ne se passe, absolument que dalle. C’est Max qui rafle la mise tout seul et nous propose de nous arroser d’essence si jamais nous n’étions pas content du résultat.

Quel est-il d’ailleurs de cette conclusion ? Plutôt maigre, finalement ; élégante parce que l’excès déclamatoire que nous avions tant craint s’en est allé sans moufeter par l’escalier de service. Une ration polonaise est là pour nous satisfaire l’appétit, à la fois difficile à mastiquer, onctueuse et inattendue. Nous ne nous étions pas sufisamment doutés de sa puissance comique. Hyperboles, antiphrases, litotes, répétitions faussement fautives… de quoi sourire avec fermeté.

 

 

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