Le Passe Muraille

Enfance

(Louis Soutter)

(Poème inédit de Jacques Roman)

Le silence de mes dimanches sans enfance
le chien d’angoisse aboyant dans la poitrine
l’heure crucifiée des cinq heures de l’après-midi
l’horreur d’un chapelet aux grains de nacre
ma gorge nouée d’un délicieux et louche écoeurement
sous la menace d’où et quand saigneras-tu à ton tour
l’âme affolée par un roux limon sur fond d’émail
j’étais déjà du crime l’ami de la chair et l’oeil
de sa langue esclave et sourde déjà vengé
j’aimais le ventre doré des têtards crevés
les cheveux soyeux au secret des cabanes
les cuisses écorchées au mensonge des ronces
la clémence inouïe du corbeau et du serpent
étoilé de boue l’abîme m’avait en patience
pourquoi amer était le pain et froids les draps
si lointaine l’ombre de l’homme sa main sa voix
proche l’haleine des morts la braise la sève
ce soupçon d’un insensé et enivrant carnage
au coeur de quoi les assassins criaient au loup
jusqu’à ce que prenant appui sur ce qui encore nous troue
le ciel de toute chose sur nous infiniment renversé

Les Clées 01.01.2001

(Le Passe-Muraille, No 53, Juillet 2002)

 

 

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