Le Passe Muraille

Contre les nationalismes renaissants

 

Une chronique de Claude Frochaux

Il faut lutter résolument contre les nationalismes renaissants. Et le meilleur moyen c’ est de rappeler que les étrangers sont la plupart du temps à l’ origine des symboles les plus farouchement chauvins.

La Tour Eiffel, par exemple. On ne peut rien imaginer de plus typiquement parisien et français. Or, Gustave Eiffel était d’origine allemande. Il s’appelait Effel et comme ça faisait un peu germanique il ajouta (ou son père) un i qui francisait son nom.

Et ce n’est pas lui qui a dessiné la Tour Eiffel. Le véritable auteur du projet était un Suisse d’ Alsace, l’ingénieur Maurice Kochlin, né en 1856 à Buhl en Alsace et naturalisé suisse en 1876 alors qu’il était étudiant au Poly de Zurich. Il revint à Paris, à Levallois-Perret, exactement, chef de bureau de la Maison de construction Eiffel.

C’est lui qui eut l’idée, d’abord rejetée par Gustave Eiffel, de lancer une tour métallique haute de 300 mètres et qui en dessina l’esquisse avec un certain Emile Mouguier. Un autre collaborateur de chez Eiffel, l’architecte Souvestre en fournit un parfait dessin et Monsieur Bartholdi, l’auteur alsacien, lui aussi, de la Statue de la Liberté, approuva le projet. Monsieur Eiffel ne pouvait plus que se rendre et au passage, bien sûr, il signa le dessin en lieu et place de ses ingénieurs.

Quant à Maurice Kochlin, il finit dans le canton de Vaud et fut enterré au cimetière de St.- Martin à Vevey.

La Tour Eiffel est peut-être le symbole de Paris, mais elle fut dessinée par un Suisse pour le compte d’un Allemand naturalisé français. Voilà qui est excellent pour lutter contre les nationalismes renaissants.

Les Suisses, d’ailleurs, pour lutter contre le nationalisme des autres sont très bons.

Si vous avez un Américain devant vous, dites-lui que le pont de Verrazzano a été construit par un Suisse. S’ il est new-yorkais, ça lui fera beaucoup d’effet.

S’il est californien, alors dites-lui que c’est un Suisse qui a dessiné le Golden Gate de San Francisco. Votre succès est assuré. Vous vous êtes trompé, c’était un Anglais: aucune importance, vous citez le pont de Westminster. Il y a toujours un Suisse qui a fait un pont quelque part.

Si vous avez un Russe devant vous, parlez-lui de Saint Petersbourg et rappelez-lui, au moment où il sort sa vodka, que c’est un Suisse qui a dessiné pour Pierre le Grand le plan de la ville. C’est un Moscovite qui déteste St. Petersbourg, cela ne doit pas vous démonter. Vous lui dites que la plus grosse tour du Kremlin est suisse. V ous verrez, la vodka descend moins bien.

Si un Italien commence à fanfaronner, dites-lui que la façade de St. Pierre à Rome est suisse… Si c’est un Polonais…

En revanche, évitez les Danois. Ils ont leur idée sur Guillaume Tell. Il paraît qu’il y a des preuves: il viendrait de là-bas. Même que la pomme est scandinave.

Il faut éviter les Danois. Mais pas les Marseillais. Pernod était suisse. Vous vous rendez compte ? Le pastis, le vrai, il est suisse. Et ne vous laissez pas dire que vous exagérez. Le passetisse, voyez-vous, il vient de chez nous ! Allez ! deux décis, et on n’en parle plus !

C. F.

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