Le Passe Muraille

Une sacrée perte: le sacré

Inédit,

par Claude Frochaux

Quand j’ai commencé à écrire L’Homme religieux, je ne pensais pas parler spécifiquement, de religion. Ce qui m’intéressait, c’était le rapport que je trouvais hautement éclairant, entre la religion et la littérature. Et, finalement, tous les arts. La culture.J’avais remarqué ce phénomène historique et sociologique singulier : la religion s’évaporait en même temps, exactement en même temps, que les créations d’ordre culturel s’affaissaient. Dans les années 60-75, les ordinations baissaient de 90% dans le monde catholique et le protestantisme ne se portait pas mieux. Du côté de la peinture et de la musique, c’était carrément la débâcle. Dans les musées comme les salles de concert ou les opéras, on avait abdiqué. À partir de 1975, on faisait comme si l’opération création était devenue caduque. Dans les théâtres, on proposait des « relectures ». Les metteurs en scène avaient pris le pouvoir. On jouait Shakespeare en jeans et seule concession à notre époque. Avec les quelques exceptions qui confirment toutes les règles, la création contemporaine était la grande absente des scènes.

Ce parallélisme évident de la décadence des uns et des autres commençait à me titiller. Quel est le rapport entre l’église et le musée, l’église et l’opéra, l’église et le recueil de poèmes ? Il ne pouvait pas y avoir une telle simultanéité sans signification profonde. Et le phénomène se poursuivait, de décennies en décennies.

Des églises toujours plus vides et des salles de concert, des opéras, des musées toujours plus passéistes,

D’une manière générale, tout le monde est d’accord avec ce constat. Il est trop évident pour ne pas être aveuglant. Ou alors il est si aveuglant qu’on refuse de le voir. La plupart du temps, on s’en tire avec une pirouette. Il y a toujours eu en baskets : c’était la époques comme ça. Voyez les impressionnistes, ils ont mis vingt ans à être reconnus. C’est un mauvais passage, dû sans doute au déboussolement provoqué par le changement Patrick Martin de mœurs et de modes de vie. Presque personne ne veut y voir un phénomène profond et moins encore irréversible. Ça reviendra : un peu de temps et de patience. Ça revient toujours. Peut-être même se passe-t-il des choses qu’on ne voit pas. Des créations si neuves, si singulières, qu’on ne leur rend pas justice.

Mais alors la religion ? Là, on ne peut pas dire que le phénomène de cette désaffection massive se produit cycliquement. Ce n’était jamais arrivé en Occident. Et, pourquoi, seulement en Occident ? L’Islam se porte comme un charme. Le phénomène n’est pas seulement circonscrit historiquement, il l’est aussi géographiquement.

Il fallait trouver un dénominateur commun pour insérer le christianisme dans le même moule que la création culturelle. Et il n’y a qu’un dénominateur commun, un seul : l’imagination.

Les religions, comme toutes les cultures, laïques ou religieuses, s’inscrivent dans un espace commun : l’espace imaginaire. D’où la question inaugurale qui s’impose : pourquoi un espace imaginaire ? Quelle est son origine, sa raison d’être, son utilité ? J’étais persuadé que si je pouvais répondre à cette question, je comprendrais le lien mystérieux, à première vue et pourtant fondamental qui unit religions, littérature, arts et musique.

Il faut prendre une image. Ce sera celle, bien connue, des deux vases communicants. Le premier vase est rempli de sacralité. Le second de profanations.

Profaner signifie empiéter sur le sacré. Un peu comme marcher sur de la neige fraîche. Comme les vases sont communicants, à chaque fois que vous profanez, vous souillez en quelque sorte le sacré. Et le sacré souillé n’est plus du sacré. Comme la neige fraîche piétinée n’est plus de la neige fraîche.

Si l’opération se répète mille fois, vous finissez par tout profaner. Le sacré a disparu. Et c’est ce qui s’est passé dans les années 60-75. Le monde s’est retrouvé désacralisé. On dit aussi désenchanté. Mais, finalement, était-ce bien grave ? Profaner, c’est en fait humaniser ou hominiser la nature. Si l’homme avait une tâche sur la terre, un mandat qui venait de nulle part, mais dont il se croyait investi, c’était bien celui de conquérir son environnement, de dompter la nature et de domestiquer ses frères biologiques, les animaux. Et c’est ce qu’il a fait. Alors, où est le problème ?

Le problème vient de ce que le sacré, c’était, en fait, l’imaginaire. Donc, une partie de lui-même, de l’homme, de son cerveau. En même temps que l’homme domptait la nature, il domptait son cerveau. Enfin, une partie de son cerveau, celle dévolue à son imagination. Le sacré, c’est tout ce que l’homme ne connaissait pas, ne savait pas, ne dominait pas. On pourrait penser que c’était justement sa partie faible. On ne se doutait pas que cette partie faible, qui avait disparue, portait l’essentiel des germes de la création imaginaire. Autrement dit de toutes les créations culturelles.

On avait gagné en réalité, sur tous les plans matériels : la science, les techniques, l’économie qui en dépendait, et, au-delà de l’économie, sur nos modes de vie. On ne vit jamais aussi bien qu’aujourd’hui. Et c’est tout le problème. Mieux on vit et moins on a besoin de l’imaginaire. « Plus il y a de réalité, moins il y a d’imaginaire », disait déjà Robert Musil, l’auteur de L’homme sans qualités, qui avait tout compris et qui savait que tout ce qu’on avait gagné d’un côté, on allait le perdre de l’autre.

C’est le principe des vases communicants. Ce que vous enlevez dans le vase No 1 passe dans le vase No 2. Longtemps, les arts se sont distingués par une caractéristique qui était l’harmonie. On la retrouve dans la Grèce antique, jusqu’à la révolution industrielle du XIXe siècle. Au XXe siècle, tout devient disharmonieux. En musique, on dit discordant, c’est la même chose. On découpe les visages et on les recompose à sa façon, en mettant les oreilles à la place du nez ou on supprime carrément la nature, porteparole de la sacralité. Tout est disharmonieux, parce qu’on se rapproche du point ultime, du moment fatidique de la rupture, qui verra un seul vase être plein, face à l’autre désespérément vide. Nous sommes arrivés en 1960.

Tant qu’il restait un fond de sacré, même infime, tout allait bien. Quand un vase peut absorber la dernière goutte d’eau, on ne remarque rien. En revanche, la première qui déborde signale le changement de nature. C’est ce qu’expliquait Hegel dans sa démonstration des dialectiques. On passe de la quantité à la qualité. Rien ne changeait tant qu’on absorbait l’avant-dernière goutte, celle des années 50-60. Tout s’est retourné dans la décennie suivante.

Mais pourquoi ? Notre cerveau est toujours le même. Nous n’avons jamais été aussi intelligents, cultivés, éduqués qu’aujourd’hui, vu massivement. Oui, mais nous sommes en bout de course. Il n’y a plus rien à conquérir. Tout semble inscrit dans une continuité de découvertes, en sciences notamment. Mais circonscrit dans l’unique vase qui nous reste : le profane.

Il faut comprendre le rôle, la raison d’être de l’imagination. On imagine, lorsque la réalité ne nous satisfait pas. En fait, on se dédouble. On crée un monde parallèle, pour augmenter le monde réel insatisfaisant. L’imaginaire a pour fonction de meubler avec des formes qui sont autant d’équivalences un espace qui rend compte de la réalité. On ne supprime pas la réalité, on la transfigure. On la transporte ailleurs. On reconnaît là une parfaite définition de ce que sont toutes les religions. Des fictions compensatoires, qui permettent de donner le sens qui nous convient, les explications qui nous rassurent, à tout ce qui nous entoure d’inexplicable, le sacré.

Dès lors, nous allons vivre une double vie. La vie réelle, dure, contraignante, mais aussi pleine de prodiges et de pouvoirs, tellement supérieure à l’animalité dont nous émergeons que nous ne voulons en aucun cas revenir en arrière. Et, dans le même temps, comme nous continuons à avoir une condition matérielle qui se confond injustement avec le statut des animaux : mort, maladies, procréation, nous nous projetons ailleurs. Nous avons cette faculté prodigieuse d’échapper par l’imagination à notre condition bassement physique. En fait, notre cerveau est complètement surdimensionné par rapport au reste de notre corps. Un zoologue, qui nous examinerait sous une loupe cruellement objective, nous décrirait comme des monstres possédant un cerveau désaccordé, démultiplié, par rapport à notre corps. L’imagination a pour mission de nous faire vivre une sorte de deuxième vie parallèle, qui nous réhabiliterait, en nous redonnant une dignité d’êtres supérieurs, que la seule réalité refuse de nous concéder.

Nous voilà devenus des êtres semi-réels, avec notre condition animale, et semi-imaginaires par le déploiement fastueux de notre imagination. Nous n’avons pas été créés comme les autres espèces : non. Dieu nous a créés à son image, tout à fait indépendants des animaux. Nous n’allons pas mourir comme eux : non. Notre âme s’évadera de notre corps et rejoindra le père céleste. Nous serons immortels : peu importe les vicissitudes de notre vie terrestre. Elles ne comptent pas, face aux promesses qui nous sont faites d’une vie glorieusement éternelle.

Comme on le voit, rien à voir avec l’intelligence : tout repose sur l’imagination et la foi. Surtout pas de preuves, ce serait encore une immixtion de l’intelligence qui n’est qu’humaine. Non, il faut croire aveuglément, sans se poser de questions. Ce n’est qu’à ce prix que fonctionne l’imagination et le royaume qu’il engendre.

Les religions ont été et sont encore les premières fictions issues du cerveau humain. On pourrait dire qu’elles ont précédé et englobé toutes les autres, qu’elles soient d’ordre plastique, musical ou littéraire, qui constituent notre patrimoine culturel. Notre bien le plus précieux ou, du moins, qu’on peut afficher en parallèle de nos réalisations les plus prestigieuses sur le plan matériel. Les deux ordres se confondant souvent, comme c’est le cas, pour les cathédrales et, plus généralement, tous les sanctuaires.

Alors, où en sommes-nous aujourd’hui ? Que nous estil arrivé ? Eh bien, c’est très simple et évidemment catastrophique pour les arts et les lettres. Il n’y a plus qu’un vase, le profane. Les activités humaines remplissent tout l’espace. Leur foisonnement est étouffant. On construit, on bâtit, on cherche, on fouille, on invente de nouvelles machines. On fait de notre planète une termitière à l’agitation frénétique. Et de l’autre côté, évidemment, ça ne marche plus. Pour une raison très bête et très simple: la réalité nous suffit. Pourquoi nous dédoubler, pourquoi créer un monde parallèle et toutes ces fictions censées compenser ce qui nous manque ? Mais il ne nous manque rien. L’imagination est démobilisée. Elle est encore très utile, en sciences par exemple. En littérature, on continue sur la lancée. De toute manière, il faut réactualiser les anciennes fictions. Alors, on fait une Madame Bovary 2009. En peinture, on continue dans l’abstraction ou la figuration recomposée. On connaît la recette, toutes les recettes On fait du sous-Rothko ou du sous-Miles Davis ou en variétés du sous-Presley. Les variantes sont infinies : aucune raison de s’arrêter.

On comprend pourquoi la création artistique s’est étiolée au moment historique précis, le même, que lorsque les religions – dans les pays les plus évolués – se sont évaporées. Tout procédait de la même source, tout venait de cette même obligation de créer des univers parallèles, pour donner à l’homme, avant qu’il n’y parvienne, par ses seuls moyens matériels, une dignité que sa confusion avec l’animalité ne lui conférait pas. La religion, la culture, l’imagination : autant de passeports qui ont permis à l’homme son émancipation hors de son espace terrestre trop étriqué. Version céleste pour les religions, de transport ailleurs. Version terrestre, revue et augmentée pour ce qui est des arts et des lettres. Vers d’autres cieux plus ouverts, plus vastes et plus azurés, d’un côté. En prolongement de la vie, dans une redimensionnalité qui lui procure de la grandeur, de la dignité, de la beauté, de l’autre. L’homme sublimé par la religion. Agrandi par ses propres créations, dans l’univers des arts et des lettres. Dans les deux cas, produit de son imagination : la faculté majeure de l’homme, sans quoi, il ne serait, lui, l’homme, qu’un animal supérieur. Et non pas, comme le disait Boris Vian, « le seul animal qui n’est pas un animal ».

Entretien avec Claude Frochaux

Par Jean-Louis Kuffer

On peut ne pas être d’accord avec l’auteur de L’Homme seul, qui avoue d’ailleurs se sentir seul à peser comme il pense: du moins donne-t-il à réfléchir et relance-t-il un débat nourri par une quantité d’ouvrages récents qui recoupent les thèmes de L’Homme religieux…

–Le propre de l’homme a été le rire, puis le fait de se savoir mortel, notamment. Vous y voyez plutôt le fait qu’il soit religieux. Mais encore?

–Les animaux ont une mémoire, un langage, des rêves et leur manière à eux de rire et de pleurer. Ils ont même un certain sens de la justice et respectent leurs morts. En revanche, ils n’ont aucune imagination. L’imagination est donc ce que l’homme a de plus spécifique. Et, la religion, à mes yeux, comme tous les arts, relève de l’imaginaire.

–Votre livre s’ouvre sur une alternative très réductrice, opposant simplicité (immanence, rationalité scientifique, explication toujours possible) et complication (transcendance, mystère, recours à la foi), mais n’est-ce pas une vision binaire trop simple justement?

– Non: je maintiens. On peut trouver le monde et son histoire très complexes, si on croit au dédoublement de l’homme par le recours à la métaphysique. Si on pense, au contraire, et c’est mon cas, que tout procède du cerveau, donc de la matière, de la physique, qu’il n’y a aucune transcendance, rien qui vienne d’autre part, alors le monde est simple. Et la simplicité n’est pas une réduction. Tout est biologique et suit une même logique. Que ce soit l’œil d’une mouche ou l’invention des religions. Pour ce qui est des créations culturelles, – et les religions sont les sœurs aînées de toutes ces créations –, elles sont issues du cerveau humain, qu’on dévalue dans ses aptitudes lorsqu’on le juge incapable de ces créations. On peut parler d’un réductionnisme d’appré-ciation du cerveau quand on le croit incapable de projec-tions imaginaires qui peuvent l’amener à concevoir un Dieu créateur et les institutions reli-gieuses qui en découlent.

–Comment expliquez-vous la naissance du monothéisme?

– Le monothéisme est la forme ultime, la plus évoluée des représentations religieuses. «La religion de la fin des reli-gions», comme disait Marcel Gauchet. Dans la perspective d’une humanisation ou, plus exactement, d’une hominisa-tion systématique et continue de l’Histoire du monde, le monothéisme s’inscrit logi-quement dans une lignée qui démarre avec le panthéisme, se poursuit avec le polythéis-me et aboutit à un Dieu ac-cessible aux hommes, inter-locuteur unique. Il n’y aura plus qu’à l’effacer d’un trait de plume pour que l’homme devienne athée, sans Dieu. Et, il aura, alors, atteint, ce à quoi il a aspiré à travers toute son histoire: être seul, maître du monde, en quelque sorte son propre Dieu. Nous sommes, aujourd’hui, dans les pays les évolués de la planète à deux doigts de cet accomplisse-ment, qui représente, en fait, le but ultime de l’humanité.

–Que représente, selon vous, l’apparition et la rupture marquée par l’enseignement de Yehoshua Ben Yosef, dit Jésus?

– Jésus, c’est encore mieux que le Dieu unique imaginé par les trois monothéis-mes. Seuls, les chrétiens, ont conçu cette chose incroyable: un Dieu qui descend de son piédestal céleste pour se mêler aux humains. On atteint là une sorte d’anthropomorphisme qui est vraiment l’antichambre de l’athéisme. Car tuer un Dieu invisible, inatteignable et abs-trait, pouvait paraître impossible, même symboliquement. Mais imaginer un homme-Dieu qui accepte, de surcroît, de disparaître, en se livrant à ses ennemis, c’est certainement le scénario le plus inspiré, le plus génial, qui soit sorti d’un cerveau humain. Jésus a rendu possible l’athéisme, d’une cer-taine façon, en créant cette fa-ble d’une auto-destruction divine. Il suffit de ne pas croire à sa résurrection et on se retrouve athée. Et, déjà, beaucoup de re-ligieux occidentaux, n’y croient plus, tant les circonstances de la mort de Jésus, de sa mise au tombeau et de son refus de réapparaître au vu et au su de tous, paraissent suspectes. Il lui aurait été si facile de prou-ver qu’il était vivant, en dehors de son petit cercle d’apôtres. À force de jouer les mystères et de tout miser sur la seule foi, les historiens religieux ont donné des armes qui s’avèrent peu à peu déicides, même pour les croyants.

–Êtes-vous d’accord avec André Chouraqui quand il relève que la voix de Jésus est unique?

–Oui, la voix de Jésus est unique. Mais celle de Socrate, si l’on en croit Platon, ou du Bouddha sont aussi uni-ques. Comme celles de tous les grands inspirés, prophètes ou philosophes novateurs. Jésus est apparu lorsque l’Empire ro-main était au faîte de sa puis-sance, sous Auguste et Tibère. Il fallait cette maturité historique pour qu’une vision du monde, en marche vers une démocratie qui restait à in-venter, puisse surgir et surtout s’imposer. Jésus a écrit par sa parole un des actes fondateurs de la démocratie et de l’égalité des hommes entre eux. Il est à l’origine de l’émergence d’une pensée qui se révélera révolu-tionnaire: les pauvres, les fai-bles, les colonisés, les esclaves sont les égaux des gouvernants et des puissants. Une parole, dont on peut vraiment dire qu’elle était une bombe à retar-dement. On en recueille encore les retombées aujourd’hui. Mais dire que sans Jésus, aucun être humain ne serait parvenu à éta-blir cette égalité, c’est comme si on disait que sans Freud nous n’aurions pas de subconscient. Jésus a été le premier à imagi-ner cette insertion de l’amour dans les rapports humains. Il a eu cette intuition géniale qu’il fallait passer par la métaphysi-que, faire un détour par le ciel, pour revenir sur terre, avec des idées neuves qui allaient, au-delà de la division des hommes entre eux, leur permettre d’éta-blir des rapports nouveaux qui, jusqu’alors, ne reposaient que sur la force. C’était génial. Mais le cerveau humain est génial. Dieu n’y est pour rien!

–À vous lire, on a l’impression que vous concluez: après nous le déluge. Est-ce bien votre dernier mot?

–C’est non seulement triste, mais totalement injuste. Les jeunes d’aujourd’hui sont largement aussi doués que leurs anciens. Et ils sont beaucoup plus nombreux. Ce n’est pas de leur faute: c’est la faute à l’Histoire, au monde, c’est la faute à pas de chance. Il n’y a plus rien à conquérir en surface, dans la réalité tangible. Il n’y a plus rien à conquérir de l’autre côté du miroir, sur le trottoir d’en face où l’on rêve et imagine. Bien sûr, on peut continuer. On peut faire comme si. Et on fait comme si. La machine culturelle fonctionne comme si de rien n’était. Mais tout est devenu minimaliste, passéiste et répétitif. On essaie de faire aussi bien que Kafka, Dostoïevski ou Faulkner, cent ans plus tard… Ce qui sauve la planète lettres et arts, c’est que les autres peuples, même si les parois entre eux deviennent de plus en plus perméables, ont encore des conquêtes à faire. Même si elles ne sont qu’à demi-inventives, puisque le modèle occidental existe. Mais, enfin, il y a une fraîcheur, une puissance, une inspiration qui commencent à devenir introuvable dans le monde occidental…

(Le Passe-Muraille, No 78. Juillet 2009)

 

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