Le Passe Muraille

Une île fluviale

(Nouvelle inédite de Christophe Macquet)

1

La pluie était à point, chaude, pestilentielle, velours mouillé, solo de vièle décomposée.

Padwin était à point, lui aussi. Cinquante-deux ans, dont trente à l’étranger.

Le visage couturé.

Ce soir, il avait suffisamment bu pour faire des ronds dans la ville à moto, avec A-Mom sur le siège passager, A-Mom en amazone, une mèche de cheveux sur les lèvres, une sandale en équilibre sur le bout du pied.

Ça durait trois-quarts d’heure, en général. Ensuite, il la perdait en route. Elle disparaissait derrière un rideau, un écran de fumée. Ça les soulageait tous les deux. Ils s’aimaient physiquement, de cinq à sept, mais la nuit, c’était autre chose. La nuit, il avait rendez-vous. Elle le savait. Et lui aussi savait que la nuit d’A-Mom l’excluait. C’était parfait.

Malheur à celui qui dit : « vivre est une prière que seul l’amour d’une femme peut exaucer », et qui chiale comme un gosse quand il ne peut plus bander.

Il y a un vœu, la nuit.

Nul attachement ne peut y répondre.

 

Elle était fière, A-Mom, Padwin ne pouvait rien payer. C’était son luxe, sa liberté. Toi, tu parles ma langue, disait-elle, et j’aime te sentir au fond de mon fond.

Au royaume des félonies à visage poupin (homme de bien, passe ton chemin), les fidélités, quand elles se décident, sont ardentes et indéfectibles.

Le Butterfly était un bar à monstres (les monstres vous bercent, disait un écriteau à l’entrée). La gérante, une matrone à poitrine opulente et aveugle (sans tétons), surveillait d’un œil d’aigle ses pensionnaires : une fille à trois seins, une autre à onze doigts (deux pouces à la main gauche), une naine avec de l’eczéma derrière les oreilles, une borgne visionnant sans discontinuer des films pornos sur son smartphone, et deux transsexuelles à voix rauque.

Dans un coin, somnolait un chien maigre et, derrière la gérante, un mainate en cage nasillait une bordée d’injures toutes les dix minutes, ce qui faisait pouffer bruyamment la naine.

Debout, accoudé au bar, Padwin enquillait les verres d’eau sauvage.

 

Elle vous sautait à la gorge, cette eau sauvage. Elle allumait en vous des zones insoupçonnées. Ça montait (mais on aurait pu tout aussi bien dire que ça descendait). Au bout du quatrième verre, l’esprit vous tournait comme le rotor d’un hélicoptère.

 

Padwin marmonnait dans son verre :

– Donnons quitus aux morts, libérons-les du fardeau de nos afflictions, l’humérus est plus long chez l’homme, l’anagnorisis n’est pas une mycose vaginale, noter les formes que prend cet arbre au crépuscule, le chien leva vers Padwin sa truffe inexpressive, ses contours ne promettaient rien, tes yeux bougent comme des algues, répéter dentition momie linteau orné de rinceaux de fleurs vénéneuses, les phéromones de foire, décrire l’endroit où j’habite, la chambre minuscule au quatrième étage, le boyau obscur pour y accéder, les murs lépreux, le matelas sur le sol.

 

L’une des deux transsexuelles (qui connaissait bien les effets de l’eau sauvage) lui demanda :

– C’est tout ?

2

Quand Padwin ressortit du Butterfly, il pleuvait toujours. L’eau du ciel lui léchait les cicatrices du visage, ce qui le dégrisa un peu. Il faisait encore chaud, malgré l’ondée nocturne. Il y avait dans les rues une odeur d’humus, de pieuvre grillée et de maïs bouilli. Padwin ressentit un élancement dans le genou droit (la chute de la nuit précédente), mais il n’y accorda pas la moindre importance. Il enfourcha sa moto coréenne et fila vers le fleuve.

 

Il roulait toujours à tombeau ouvert, la nuit.

 

Tu as rompu les amarres, grommelait-il, en avalant le rond-point de l’Institut bouddhique, il faut en accepter toutes les conséquences. Personne ne t’aidera. Personne ne s’opposera à toi. Pas d’adjuvants. Pas d’opposants. Le marais des indifférents. Ça me va, conclut-il, en donnant un coup de gaz juste avant de couper le contact. Pour guérir de ta solitude, il faut que ta solitude empire.

 

Avec son mètre quatre-vingt-douze et ses épaules de déménageur, il faisait l’effet d’un géant sur une trottinette. Sa moto coréenne, il l’abandonnerait de toute façon. Elle devait partir, elle aussi. Circuler dans d’autres récits.

 

Il se gara n’importe où (déjà se profilaient sur la berge des ombres nocives), puis il descendit le talus, posa ses affaires en boule dans les herbes et se jeta la tête la première dans le Mékong.

3

Il nagea à l’indienne jusqu’au milieu du fleuve puis il se laissa dériver, il aimait l’odeur et la consistance de l’eau noire, il entendait parfois le bruit d’un bateau.

Pomme-cythère râpée avec des éclats de poisson fumé, il s’est passé quelque chose de terrible avant ton arrivée.

 

Éboulis, apparut de nuict, ruissellement, le mainate fit tourner sa crécelle, vertige indigo, son regard dans la vase, chaque verre coûtait un vingtième des revenus mensuels du buveur, l’eau sauvage devenait de l’eau crue, dégommer les gens, ma captive mon petit oiseau, ne postillonne pas s’il te plaît, battait la pluie sa patience sur le toit de tôle.

4

 

Nuit sans lune, le corps de Padwin dans le débit noir, les vagues, les remous noirs, emporté par une monstrueuse masse d’eau véhémente, courants noirs, agitation des sables, tourbillons. Ça dure plusieurs heures.

Il s’échoue sur une ile, très loin en aval. La pluie a cessé. Il a faim. Il a froid. Quelle heure est-il ? Quatre heures du matin ?

Il est nu. Il rencontre un chien.

 

5

 

De petites mains le saisirent. L’obscurité était complète. Ils parlaient un idiome inconnu de lui.

 

La peau et l’espérance fripées.

Qu’est-ce qu’il sait faire, Padwin ? il est menuisier ?

Décrire la langue, les corps, etc.

Trouver le nom de l’île.

L’île aux kapokiers (l’île muette) ?

 

Ils l’emportent dans leur village.

6

 

Rejeté par l’eau noire, au bord de l’épuisement, il rencontre un chien. Un simple chien. Il n’aboie pas (le chien). Padwin est à plat ventre dans la boue. Son grand corps blanc tatoué aspire le peu de lumière que le ciel de mousson lui concède. Le chien trottine vers lui en agitant la queue et lui lèche l’oreille gauche.

Ta salive, c’est le sperme d’Ouranos, lui-dis-je.

Mais, rapidement, le chien prend ses distances. En quelques foulées souples, il a gravi l’escarpement de rive et se tient immobile en surplomb. Loin d’être un abandon, c’est une invite. Padwin le comprend aussitôt. Il se redresse et fait quelques pas dans l’argile, comme s’il réapprenait à marcher.

Ils cheminent ainsi, l’un derrière l’autre, pendant deux kilomètres. On entend les crapauds. Le long du sentier parsemé de flaques brunes, quelques oies perchées sur une patte se mettent à souffler.

Ils arrivent devant une case isolée, à l’orée d’une forêt de bambous. Padwin attrape un linge qui traîne sur le bas-côté et le noue autour de ses reins.

Concave est ta vie, convexe ton espérance, ceinture de roseaux, parcours extemporané, à la recherche d’une butée, intégrer la cruauté des oublis et des abandons, elle ment, marmite noire encrassée, elle fait semblant de ne pas me reconnaître.

 

Le chien entre dans la case. Padwin lui emboîte le pas.

 

7

 

À l’intérieur, une très vieille femme balaie le sol. Crâne rasé, chétive au possible. Aucun meuble. Une natte. Quelques ustensiles de cuisine. Sa garde-robe est sur elle : un sarong délavé et une écharpe à damiers.

Elle lève la tête et voit l’imposante carrure de Padwin dans l’embrasure de la porte (il a joint les mains en signe de respect).

Aucune réaction.

L’irruption chez elle, à cinq heures du matin, d’un hercule étranger, à moitié nu, couvert d’alluvions, n’a pas l’air de l’impressionner.

Elle esquisse un sourire :

– J’ai entendu les oies, dit-elle.

 

D’un geste, elle le fait asseoir à côté du chien, au fond de la case. Elle lâche la balayette, allume une cigarette artisanale (du tabac grossier roulé dans la feuille d’un arbuste​), puis se cale devant lui, les jambes en tailleur, les yeux plantés dans les siens.

 

La bête se transforme en princesse, le temps qu’un bâtonnet d’encens se consume, l’esprit retarde, vois-tu, sans lien, donc sans soutien, nous pourrions te faire disparaître, le temps d’ébouillanter une crevette.

 

Elle le regarde avec force, sans ciller, en tirant sur sa cigarette de longues bouffées méditatives.

 

Pourquoi ça m’inspire la vieille folle et le chien simple qui guide, il y a du sang sur la natte, les narines sont les fenêtres du foie, aimer la nature ne te sauvera pas, je serai ta demoiselle adorable, le temps que l’ongle de mon orteil repousse.

8

 

Elle relève lentement un genou. Une main décharnée s’y pose avec grâce.

La case est enfumée.

Le jour commence à poindre.

 

C’est alors qu’une digue cède.

Ou qu’une vanne s’ouvre (parce qu’un malin génie l’a ouverte).

À l’instant même où la vieille pose sa main sur son genou (elle est à présent dans la position dite d’« aisance royale », qui est aussi bien celle du roi lépreux que des paysans les plus misérables), un flot d’amour submerge la mémoire du colosse.

C’est d’une violence inouïe.

C’est ridicule aussi et ça frise l’indécence.

Et puis ça ne ressemble guère à Padwin, plutôt épais de sentiment, insensible depuis l’adolescence à toute forme de lyrisme déconnectée des roboratives fonctions organiques.

 

9

 

– Tu n’es plus tout jeune, dit-elle, entre les coutures de ses lèvres.

– Mon âge, le tien, celui du chien, celui du ciel, ça ne veut rien dire.

– Bec de la mangue étrange, ourlet violet de berge, reinette verte des bananiers. Ça ne veut rien dire ?

– Il n’entrait pas en elle.

– Exhalaisons du guano des roussettes, certain devin m’a dit, un autre jars, aumône en nature, jardin de case et souille atroce, un hameau de dix feux élémentaires, esclavagée, souffler de biais, décantons les limons, à la percée d’un hoquet, nimbé de mots sacramentels, un vanneau s’exaspère au centre des mélopées. Ça ne veut rien dire non plus ?

– Elle n’entrait pas en lui.

– Ma vie ne tient qu’à un fil. C’est une question de jours peut-être. Tu as besoin d’un verdict ?

– J’ai besoin d’une sortie.

– Tu as le regard impérieux et perdu des grandes fièvres. C’est le fleuve qui t’aura saisi. Je vais te préparer de la bouillie chaude et tu dormiras quelques heures.

 

10

Après avoir ingurgité un bol de bouillie fade avec du poisson séché trop salé, Padwin s’allonge sur la natte et s’endort.

On a coupé le son. On a coupé l’intelligence. On a coupé la vision.

Devant ta vie crevassée et tes jambes variqueuses, méandre abandonné, balancement du lit, dépôts, danseuse du palais.

Il fait des rêves que je ne raconterai pas.

Quand il se réveille, des hommes armés de bâtons, de couteaux, de hachoirs, encerclent la case, le visage déformé par la haine.

C’était l’époque où celle qu’ils vénéraient faisait la chienne, achat de fascicules noircis de berceuses enfantines, les sacs d’or sont troués, le moulier d’Alprech entend une plainte entre les rochers.

Padwin saute sur ses pieds (malgré son genou douloureux) et se rue dehors comme un dératé. Il tonitrue : « que se passe-t-il ? ». Mais les villageois restent sourds (on a coupé le son). Alors il argumente à la va-vite : « ce n’est pas moi, j’étais endormi », « je suis tombé d’un bateau, à la suite d’une bagarre ». Mais les villageois restent imperméables à son raisonnement (on a coupé l’intelligence). Et soudain, Padwin se rend compte qu’il est invisible, ou plutôt que les villageois ne le voient pas (on a coupé la vision). Ils le cherchent partout autour de la case, alors qu’il se tient debout parmi eux, immense et pâle.

La vieille est démontée. Elle éructe des ordres sanglants. Elle montre du doigt le ciel, le fleuve, le sentier, en tapant frénétiquement du pied sur le sol.

11

Profitant de son invisibilité passagère, Padwin s’éclipse de la scène de lynchage.

Commence une fuite éperdue à travers les bambous.

Le terrain est malsain (homme de bien, passe ton chemin). Les serpents et les araignées pullulent. Cette île, cette traînée de terre exondée (maudite), est une vache grasse débilitée par les grossesses successives. Rien ne décolle. Rien ne sort.

Padwin l’admet : la cause en est plus à chercher dans l’érosion et la désaffection de lui-même que dans les arcanes inconscients du pays.

Il court (Padwin).

Il court sans se retourner.

Les villageois sont à ses trousses. Son cœur bat très fort. Il entend se rapprocher la voix stridente de la vieille.

Ses pieds saignent et mille écorchures rougissent ses membres et son torse.

Il accomplit une série d’actions extrêmement rapides, dévaler, déraper, glisser, éviter, virer, sauter (accélération), puis il ralentit brusquement (décélération) et stoppe net (point final).

Il s’écroule sur une fourmilière, foudroyé par une crise cardiaque ou le venin d’une vipère à col roux (ce qui revient au même).

12

 

La vieille arrive. Les villageois ont disparu. La vie de Padwin est suspendue à un mince filet d’air, un «souffle de criquet », comme on dit par ici.

Déjà les fourmis pénètrent ses narines et le creux de ses oreilles.

La vieille approche son visage :

– Maintenant, rends-moi ton « premier » souffle, dit-elle.

 

13

 

Elle continue, les prunelles enflammées et les pommettes frémissantes :

– Qu’est-ce que tu croyais, imbécile ? Que j’étais l’autre porte ? Qu’est-ce que tu espérais à parler notre langue, à manger notre riz ? Ma bouillie fait piquer les yeux des agonisants. L’amertume me ravit. Il n’y a pas d’œuvre-vie. Ta solitude est abjecte. Tu n’es qu’une entrecôte orange abandonnée sur du sable jaunie.

Elle continue :

– Ton « premier » souffle m’appartient. Depuis que tu as posé les pieds sur mon île. Parce que tu meurs bêtement et que ça pollue ta naissance. Parce que je savais que tu mourrais bêtement et que je m’en repaissais à l’avance.

Elle continue :

– Je vais le cueillir à tes lèvres et le dénaturer. Puis, je mourrai à mon tour, anonyme, pour redoubler la sentence. On a le droit de désespérer un mourant, quel qu’il soit.

 

Padwin entend les paroles de la vieille derrière un brouillard épais.

Loin de le déchirer, elles l’apaisent.

Puis, tout s’éteint en lui.

14

 

– C’est tout ? demanda l’une des deux transsexuelles.

– Oui, c’est tout, répondit Padwin.

 

Il se désarrima du bar, paya ses verres et se dirigea lourdement vers la sortie.

Dehors, le jour se levait.

On entendait les oiseaux.

Il y avait dans les rues une odeur de compost et de fruit écrasé. Padwin ressentit un élancement dans le genou droit (la chute de la nuit précédente), mais il n’y accorda pas la moindre importance.

 

Il enfourcha sa moto coréenne et rentra chez lui.

@Christophe Macquet, texte et photos.

 

Christophe Macquet

Christophe Macquet est né à Boulogne-sur-Mer en 1968. À 17 ans, Voyage au centre de la grosse Adèle, manifeste « respiratoire pour lui seul, deux cents pages sans sortir de son port de mer, malade du français, picard déboulonnais : à la poubelle ». Voyage, se frotte aux langues, romani dans les terrains vagues, persan dans un foyer d’immigrés de Saarbrücken, arabe à l’Université de Lille, turc à Kreutzberg où il travaille comme facteur, taglish dans les girly-bars de Manille, ivatan à Basco, en plein typhon, dans l’extrême Nord des Philippines, langue rouge, langue bleue, « javanais-rapide » de Srey Mom, fille d’un chef phnong et d’une esclave laotienne. Se fixe dix ans au Cambodge, apprend le khmer, fait de la traduction littéraire, écrit des articles pour faire connaître la littérature moderne cambodgienne (Europe, Manoa aux États-Unis). Base de données sur les végétaux comestibles cambodgiens. En 2003 : cri & co. En 2005, publie dans la revue La Main de Singe « La réincarnation des amibes », sous le pseudonyme de Christophe Antara. En 2006, publie aux Éditions du Mékong, Poids Mouche, un texte étrange sur la boxe khmère, accompagné des photos de John Vink, photographe de Magnum. II quitte l’Asie après une aventure transsibérienne et embarque en cargo pour l’Argentine. Vit actuellement au Cambodge. À paraitre bientôt: Dâh, dans la nuit khmère.

 

Entretien avec Christophe Macquet

–           Christophe, pourriez-vous évoquer les trois derniers jours que vous venez de passer, où et comment ?

Je les ai passés tranquillement chez moi à Phnom Penh, à traduire quelques chansons khmères en français. J’avais besoin de repos, après un voyage dans la chaîne des Cardamomes (des montagnes couvertes de jungle).

–           Qu’est-ce qui vous retient où vous vivez ?

Le Cambodge est, pour moi, une réserve inépuisable d’altérité. C’est le coup de poing et la caresse. J’aime la vie spartiate et vitale que j’y mène.

–       Comment l’écriture est-elle entrée dans votre vie ?

J’ai un rapport amour-haine à l’écriture. Elle est entrée assez tôt dans ma vie, mais elle en est ressortie souvent. Je peux passer de longues périodes sans écrire une seule phrase. Je fais autre chose, je voyage, je prends des photos.

–       Qu’est-ce pour vous que ce qu‘on appelle la poésie ?

C’est d’abord un état. Puis c’est la traduction (ou pas) de cet état. Ce peut être une incandescence ponctuelle ou un parcours, une vie. Dans mon cas, ça ressemble à un sillon solitaire, loin du monde littéraire.

–       Lisez-vous de préférence des romans ou des traités de diverses sortes ?

Je lis de tout, en deux langues (ma langue maternelle et celle du pays où je vis). Dans ce domaine comme dans d’autres, je suis un excessif. Je lis énormément ou je ne lis rien.

–       Quelle impression vous ont fait les divers pays dont vous puissiez parler ?

J’ai vécu plus de la moitié de ma vie à l’étranger, dont quinze ans au Cambodge, sept ans en Amérique du Sud, etc. Tout ce que j’avais à dire sur la question se trouve dans mon livre, Dâh. J’ai besoin de rester longtemps quelque part, de poser mes valises, de « manger » et d’« être mangé ». J’ai besoin aussi que les conditions soient rudes. J’ai besoin de me dépouiller.

–       Qu’avez-vous envie d’ajouter qui compte pour le lecteur (la lectrice) autant que pour vous ?

Je ne sais pas. Comme tout écrivain, j’ai en moi un lecteur imaginaire, mais le lecteur réel, quand on est isolé comme je le suis… Je voudrais peut-être lui dire que je ne suis pas un travel-writer. Mon but n’est pas de faire rêver.

–       Comment votre livre s’est-il fait ?

J’avais ce livre en moi depuis des années. Je devais impérativement l’écrire au Cambodge, pendant la nuit. Je me suis donc réinstallé spécialement à Phnom Penh, en janvier 2016. Ce fut un long combat nocturne.

 

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