Reconnaissace à Jean Ziegler

(Hommage à un compatriote capital)
Par JLK
Jean Ziegler qui vient de nous quitter, ce mercredi 10 juin 2026, à l’âge de 92 ans, était sans doute, avec Guillaume Tell et Roger Federer, le Suisse le plus connu au monde. Mais qui était-il au fond ?

Dans une première bio riche de faits exacts et de témoignages révélateurs, Jürg Wegelin brossait, en 2012, le portrait sans complaisance d’un homme plein de contradictions. Qui nous avait dit, alors, ce qu’il pensait de cet aperçu de sa personne et de ses oeuvres…
Mais sait-on qui était en vérité cet émule de l’Abbé Pierre, de Jean-Paul Sartre et de Che Guevara, devenu célèbre par ses livres fustigeant l’hypocrisie d’une Suisse « au-dessus de tout soupçon » ?
Sait-on que ce fils d’un colonel bernois conservateur fut lui-même capitaine des cadets de Thoune à dix-sept ans et qu’il dispose d’un brevet d’avocat ? Sait-on qu’il excelle au tennis et que c’est un skieur aussi ferré que son ami Adolf Ogi ?
Sait-on que ce fils révolté est lui-même un père et un grand-père attentif ? Sait-on qu’il était resté fidèle jusqu’au bout au catholicisme et au communisme ? Or voici ce que nous en écrivions en 2012…
Qu’on le vomisse ou qu’on le respecte, Jean Ziegler suscite des passions proportionnées à la sienne, intacte à son âge actuel. Or le premier mérite de Jürg Wegelin, journaliste économique de solide expérience qui fut l’étudiant du prof gauchiste à l’université de Berne, est de dépassionner le débat sans l’aplatir.
Tenant à certains égards du prophète, Ziegler tend parfois à l’affabulation. Pièces en mains, Wegelin corrige alors. Oui, Ziegler brode (dans Le bonheur d’être Suisse) quand il prétend avoir assisté, en son enfance, à un déraillement de train de marchandises aux wagons chargés d’armes par les nazis. Mais la Suisse était bel et bien sillonnée, alors, de trains aux wagons plombés. Ziegler s’inspire donc de faits réels pour inventer une scène qui frappe les imaginations.
Bien entendu, ses détracteurs stigmatiseront cette « poésie », comme ils pointeront le manque de rigueur de ses livres et en feront un « idiot utile » du colonel Khadafi. Or, à propos de celui-ci, Wegelin précise avec honnêteté quelle fut la conduite de Ziegler, peut-être imprudent mais jamais vendu.
À son travail sur les archives, que le sociologue lui a ouvertes, Jürg Wegelin ajoute une quantité de témoignages de la famille (la soeur de Jean, ses épouses successives et son fils Dominique) autant que ceux des acteurs du monde académique ou politique.
Dans la foulée, on en apprend pas mal sur la grande tolérance du prof en matière d’opinions, ses amitiés de tous bords (de Marc Bonnant à Elie Wiesel, ou de Lula à Kofi Annan), son activité de parlementaire, ses dettes de justice et sa détestation d’Internet…
Traître à la patrie ?
Au nombre des attaques les plus dures qu’il ait encaissées figure l’accusation de haute trahison lancée contre Jean Ziegler à la suite de la publication, en 1998, de L’or, la Suisse et les morts, incriminant l’attitude de notre pays durant la Deuxième Guerre mondiale.
Or ses constats, d’abord vilipendés, auront ouvert un débat crucial. C’est ainsi d’ailleurs, à travers les décennies, que ses coups de boutoir contre le secret bancaire, l’accueil des fortunes de dictateurs, le blanchiment d’argent sale ou la complaisance envers certains barons de la drogue et autres seigneurs du crime organisé, ont bel et bien porté après avoir été taxés d’exagération.
Dès la parution d’ Une Suisse au-dessus de tout soupçon, son auteur fut considéré par beaucoup de Suisses comme une « Netzbeschmutzer », salisseur de nid, qui avait le premier tort de critiquer notre pays dans les médias étrangers. Or le paradoxe est que ce « traître » présumé a souvent trouvé de forts appuis chez des politiciens de droite également écoeurés par les menées qu’il dénonçait.
Régis Debray voit en Jean Ziegler un « prédicateur calviniste ». Il y a du vrai. Ses exagérations sont apparemment d’un utopiste, mais sûrement plus « réaliste » et conséquent que tant de ses détracteurs se flattant d’avoir « les pieds sur terre ».
Dans les grandes largeurs, conclut Jürg Wegelin, Jean Ziegler connaît aujourd’hui une sorte de « tardive réhabilitation ». Mais l’intéressé n’en a cure, qui voit toujours le monde comme il va, et surtout ne va pas, en rebelle !
Jürg Wegelin. Jean Ziegler, la vie d’un rebelle. Editions Favre, 172p.
« Je me fiche d’avoir raison ! »

Mais au fait, qu’a pensé celui-ci de la première biographie qui lui est consacrée ?
« D’abord j’ai été soulagé de ne pas être, une fois de plus, descendu en flammes. Jürg Wegelin a fait une biographie à l’américaine, au bon sens du terme: s’en tenant aux faits.
Evidemment, un homme est toujours double, et le biographe n’entre pas ici dans les profondeurs de son sujet. Mais j’aurais mauvaise grâce de le lui reprocher puisque j’ai refusé de participer à son travail, comme j’ai refusé au Seuil et à Bertelsman d’écrire mes mémoires.
Cela étant, Wegelin rend très bien le jeu d’oscillation dialectique entre destinée personnelle et personnage social. Son regard reste extérieur, mais tout ce qu’il dit est fondé. La seule aide que je lui ai apportée est une signature pour l’accès aux archives fédérales, mais il y a ajouté beaucoup de travail d’investigation.
Où je ne suis pas d’accord avec lui, en revanche, c’est quand il parle de « réhabilitation » à mon propos. Comme si le problème était là ! Je me fiche d’avoir raison: le problème est que le mal que j’ai dénoncé continue de se faire. S’il y a un certain progrès, dans nos relations avec l’Allemagne, la France ou l’Amérique, notamment avec les accords de double imposition, les banquiers n’en finissent pas d’imposer leurs lois et le reste du monde continue de subir les effets du capitalisme: les trois quarts de l’humanité restent ainsi laissés pour compte, exploités et voués à la sous-alimentation ou à la famine. Où est le progrès ? »
(Propos recueillis par JLK)
Jean Ziegler sus aux affameurs
(À propos de Destruction massive)

Destruction massive bouleverse et révolte. Avec de terribles constats établis sur le terrain. Et des lueurs d’espoir…
Parler de ça entre deux bombances ? S’entendre dire, alors qu’on se remet à table, qu’un enfant de moins de dix ans meurt de faim dans le monde toutes les cinq secondes ? Ou que, dans son état actuel, l’agriculture mondiale pourrait nourrir sans problèmes 12 milliards d’êtres humains si sa production n’était pas perturbée, détournée ou ruinée par des prédateurs ? Que la faim n’est pas qu’une fatalité naturelle mais le résultat de plans humains injustes et désastreux ?
On peut se rebiffer devant le rabat-joie, mais les faits sont là : Jean Ziegler, après huit ans de mission sur le terrain au titre de rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, décrit l’état du « massacre » et témoigne de ce qu’il a vu. D’Afrique en Corée ou du Guatémala en Inde, en passant par Gaza : des situations intenables. Mais aussi de formidables rencontres de femmes et d’hommes de bonne volonté. Un état général qui s’aggrave pour les plus pauvres du fait des sacro-saintes « lois du Marché ». Mais des forces qui se regroupent pour leur défense et leur survie.
Certes, la faim dans le monde est parfois la conséquence de fléaux naturels. Mais c’est aussi une arme de guerre, nous rappelle Ziegler. Elle l’a été par Hitler à grande échelle, et par Staline. Elle le fut en Inde par les Anglais quand ils affamèrent une partie du pays pour nourrir leur armée. Elle l’est aujourd’hui par de grandes instances financières « régulatrices », tels le FMI, l’OMC et la Banque mondiale. Plus directement encore par les trusts transnationaux de bio-carburants et les spéculateurs boursiers sur les aliments de base.
Maintes fois, comme il le raconte, Jean Ziegler aura entendu l’objection primaire: mais vous nous embêtez ! Car après tout, si les Africains ont faim, c’est parce qu’ils se reproduisent comme des lapins ! Ou cette réponse non moins significative qu’on lui servit en 2009, après le 3e sommet mondial de l’alimentation à Rome, dédaigné par les chefs d’Etats occidentaux, y compris Pascal Couchepin, quand il s’en indigna auprès d’une amie fonctionnaire à Berne : «Mais pourquoi tu t’énerves ? Personne n’a faim en Suisse !»
L’égoïsme de l’argument peut sembler énorme, mais c’est bien lui qui prévaut à l’échelle mondiale, du côté des nantis. Or Destruction massive va bien au-delà de la seule dénonciation anti-occidentale. Plus qu’à dorloter notre bonne conscience, ce livre alerte notre conscience d’êtres humains, simplement. Son intérêt majeur tient à la mise en rapport constance des faits, documentés, et des exemples concrets observés par Ziegler et ses équipes, qui montrent combien tout se tient, du détail à l’ensemble.
Au Niger ce sont par exemple ces sœurs de Teresa, à Saga, qui se battent pour arracher chaque jour une dizaine de gosses à la famine, tandis que cent autres resteront sans soins ; et dans la foulée nous apprenons que le Niger a subi la loi d’airain du FMI qui a ravagé le pays par plusieurs programmes d’ « ajustement structurel ». À la même enseigne, l’on apprendra comment, en Haïti, le même FMI a ruiné la riziculture au profit des importations d’Amérique du nord. En Zambie, dont la population mangeait à sa faim au début des années 1980, des plans d’ajustement structurels analogues firent péricliter l’agriculture locale, chuter la consommation du maïs de 25% et exploser la mortalité infantile. Et la même loi d’airain a été appliquée au Ghana par le même FMI, alors que l’OMC, de son côté, s’attaquait de front à la gratuité de l’aide alimentaire au nom du sacro-saint Marché.
Mais les « Seigneurs de la faim » les plus redoutables sont ailleurs : ce sont les trusts agro-industriels qui provoquent la famine de centaines de millions d’êtres humains. Alors même que les institutions visant à combattre la faim, comme la FAO (Food and Agriculture Organization, fondée en 1945) et le Programme alimentaire mondial (PAM), sont affaiblis, des sociétés privées géantes, plus puissantes que des Etats, exercent leur monopole sur l’ensemble de la chaîne alimentaire.
Que faire alors, vous demanderez-vous entre la poire et le fromage ? Jean Ziegler consacre de nombreuses pages aux organisations luttant contre les prédateurs, comme le mouvement international de la Via Campesina ou le Réseau des organisations paysannes et des producteurs d’Afrique de l’Ouest (ROPPA) que dirige l’ancien instituteur Mamadou Cissokho. Entre autres remèdes, Jean Ziegler prône l’interdiction de la spéculation boursière sur les aliments de base et la prohibition des biocarburants à partir de plantes nourricières, ou la préservation de l’agriculture vivrière. « Les solution existent », conclut-il, « les armes pour les imposer sont disponibles. Ce qui manque surtout, c’est la volonté des Etats »…
Notre Quichotte altermondialiste
35 ans après la parution d’Une suisse au-dessus de tout soupçon, Jean Ziegler continue de déranger. Cette année encore, le discours qu’il devait prononcer pour l’ouverture du Festival de Salzbourg, en juillet dernier, a été annulé à la suite de réactions négatives des sponsors de la manifestation (notamment l’UBS, le Crédit Suisse et Nestlé) qui menaçaient de se retirer si leur vieil ennemi s’en venait parler de la faim dans le monde en impliquant forcément leurs responsabilités. Comme on a pu le lire dans les colonnes de 24Heures, le discours « refusé » a valu un prix à son auteur, décerné par l’Université de Tübingen. Son texte, comptant 18 pages, a déjà été vendu à 40.000 exemplaires dans son édition allemande et a été diffusé sur Youtube.
De la même façon, Destruction massive suscite un engouement particulier auprès du lectorat francophone, sans doute proportionné à l’indignation croissante que suscite l’arrogance néo-libérale. Ziegler pointe l’absurdité : que les Etats européens mobilisent 162 milliards d’euros pour sauver les banques détentrices de la dette grecque, alors que le budget planétaire du Programme alimentaire mondial (PAM) a été réduit à 2,8 milliards parce que les pays les plus riches ne payent plus leurs cotisations…
On a traité Ziegler d’agent d’influence ou d’idiot utile, de clown ou de fou. On peut lui reprocher ses accointances passées parfois douteuses avec Khadafi et autres « libérateurs » devenus potentats. Ce qui saisit du moins, aujourd’hui, c’est que la « destruction massive » qu’il décrit n’est pas un fantasme de président américain, ni une lubie de Quichotte gauchiste, mais la triste réalité du monde globalisé…
Jean l’octogénéreux

En 2024, Jean Ziegler fêtait son 80e anniversaire, où la question se posait une fois de plus: mais qui est donc cet énergumène.
Je me l’étais posée des années durant, avant de le rencontrer et de fraterniser autour de livres et de lettres que nous avons échangés, d’indignations et de passions partagées.
Or il me confia, un jour, ce qui représente le noyau de la vie selon lui: à savoir: Dieu.
Parce que Jean Ziegler croit en Dieu. Cela pourrait étonner, chez un sociologue gauchiste qu’on imagine matérialiste à tout crin, mais c’est comme ça: Jean Ziegler est croyant. Et comme je lui demande ce qu’il répondrait à un enfant l’interrogeant sur la nature de Dieu, il me répond sans hésiter: l’amour.
Avant de préciser: » L’amour qui est en chacun de nous. Dans le Galilée de Brecht, l’assistant de l’astronome lui demande devant la nouvelle carte du ciel: mais où est Dieu ? Alors Galilée de lui répondre: « En nous, ou nulle part ». Du même coup, cela scelle notre destin commun. Comme disait Bernanos: « Dieu n’as pas d’autre mains que les nôtres ». Dieu existe au-delà de tout, mais sur terre il agit à travers nous: c’est une conviction qui m’habite depuis longtemps et qui ne cesse de se renforcer. L’humanisation est en cours, même si nous vivons encore dans la préhistoire de l’homme où l’exploitation, la concurrence effrénée, l’écrasement du pauvre dominent. L’amour s’oppose à cette logique, constituant le moteur même du capitalisme, pour lui substituer des valeurs de complémentarité et de solidarité ».
Position chrétienne, à l’évidence. Mais comment expliquer que ce fils de juge bernois calviniste se soit converti au catholicisme après avoir claqué la porte de la maison ?
» C’est une décision qui date de mes jeunes années à Paris, explique-t-il alors. Quand j’ai commencé d’étudier sérieusement le marxisme. Or s’il respecte la religion pour son rôle social, Marx n’en perçoit pas la profondeur. À la même époque, j’ai trouvé des réponses plus satisfaisantes aux questions existentielles que je me posais auprès du Père jésuite Michel Riquet, ancien résistant, déporté à Mauthausen et Dachau. Si je suis resté communiste, je garde aussi une foi profonde, quoique traversée de doutes. Mais je déteste le Vatican et le faste indécent dans lequel se complaît sa gérontocratie. Quand je pense aux richesses inestimables accumulées à Rome et à tout ce qui pourrait être fait pour soulager la misère du monde, je me dis qu’il y a là plus que de l’hypocrisie: une vraie monstruosité ! C’est dire que je me suis toujours senti plus proche de « l’église invisible ». Comme le disait Victor Hugo: « Je déteste toutes les églises, j’aime les hommes, je crois en Dieu. »

Et les enfants là-dedans ? « Je suis comme les Africains: je ne les nomme pas ! », s’exclame d’abord le père de Dominique, né en 1970. Et pourtant: « La naissance de notre fils a été comme le premier matin du monde. Ensuite, j’ai craint qu’il ne me traite comme je l’ai fait avec mon père, par le rejet. De fait je ne supportais pas les non-réponses de celui-ci, quand je lui désignais telle ou telle injustice et qu’il me répondait qu’on ne pouvait rien faire. Cela me révoltait. Avec mon fils, comme j’avais une totale mauvaise conscience par rapport à la double vie que je menais, entre sa mère que j’aimais toujours et ma deuxième femme Erica, qui est pour moi la passion absolue, je l’ai emmené avec moi dans mes voyages, dès ses 11, 12 ans et lui ai fait rencontrer toute sorte de personnages, de Thomas Sankara aux leaders cubains, entre beaucoup d’autres. Sa première pièce, Ndongo revient, est directement inspirée par un voyage que nous avons fait au Togo »…
Père et grand-père, l’infatigable pèlerin qui a été désigné, en 2000, comme rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, a été confronté maintes fois à l’enfance malheureuse. Mais comment a-t-il vécu cette déchirure ? Alors l’homme de coeur de conclure en homme de foi: « Bernanos dit qu’il ne faut jamais regarder la misère du monde sans prier. Durant les missions que j’ai menées autour du monde, je me suis forcé à ne jamais penser à nos petits-enfants: je me suis entraîné, véritablement, à l’altérité »…
Biographie
19 avril 1934 – Naissance de Hans Ziegler à Berne. Il grandit à Thoune.
1956 – Déménagement à Paris. Etudes de droit et de sociologie à la Sorbonne. Fréquente Jean-Paul Sartre qui le pousse vers l’Afrique.
1957 – Premiers longs voyages au Proche-Orient et dans les pays du Maghreb.
1965 – Mariage avec Wédad Zénié.
1970 – Naissance de Dominique Pascal Karim.
1976 – Parution d’Une Suisse au-dessus de tout soupçon. Affrontement autour de sa nomination au poste de professeur, confirmée en 1977 par le Conseil d’Etat.
1990 – Parution de La Suisse lave plus blanc. Hans Kop l’attaque en justice. Neuf procès suivront en 1997.
1997- Mariage avec Erica Deubler-Pauli. Parution de La Suisse, l’or et les morts.
2000 – Rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation.
De la vie:
« Chaque matin est une merveille renouvelée, avec le sentiment d’être extraordinairement privilégié, qui nous responsabilise en même temps
De la mort
« Quant à la pensée de la mort, elle est d’abord liée pour moi au sentiment panique de la fuite du temps. Comme disait Ramuz: « C’est parce que tout passe que tout est si beau ». Et ce sentiment que tout passe ravive le regret de n’avoir plus le temps de guérir les blessures qu’on a causées. Aussi tout s’accélère avec l’âge. La mort est à la fois le total inconnu et peut-être la porte vers un bonheur plus grand encore »..