Le Passe Muraille

L’heure du Tigre

 

L’échappée de Matthias Tschabold

La Ronde de Nuit

Le port berçait sa chaîne, soupir de molosse
je connaissais l’immense cabane des mers
ses brouillards oripeaux dissous sur les navires
comme une nuit d’église où gèlent des novices

Allons ! Par la ville aux fleurs noyées de pluie
essaimer mon lavis parmi les fêtes tristes
Et la voix: «Tu mourras sans avoir vu le jour
âme des eaux souillées d’un crachin de suie»

Elle me suivait de sa démarche d’archère
Le sirop des ombres suçait sa traîne blanche
comme une chimère grinçant à son loquet
et les canaux s’ouvraient dans un bruit de miroirs

Les filles aux hanches de poire ivres d’œillades ondoyaient leur fougère dans un aquarium
géhenne aphone au quartier des lanternes rouges
et moi sans art ni secret d’inventer le vent

Une grille tançait les feuilles écrouées
qui se gaussaient du sort en rires d’ossements
– Au petit jour la dame blanche emprisonna
le roi noir sur sa case Et sa lèvre oublieuse

crachotait des pétales sur l’eau des serments

* * *

je ne suis pas de votre siècle de fer
de vos kriegspiels électroniques pour nourrissons
de cinquante ans
de votre robotique abrasive
ni de vos dentiers claqueurs de cellophane
squelettes alarmés comme des pigeons dans des leurres d’aveugles !

je ne suis pas de vos lendemains qui tuent
ni des ordalies que des mâcheurs de burgers
ourdissent pour leurs dieux simulacres
panse bedonnante graisse haubanant les tempes
Eructez en paix mortels
puisque votre innocence au napalm vous sert de conscience

* * *

Les flocons du soleil s’éventent sous des arches
L’air est si bleu ténu que je n’y trouve prise
A rare vertu larmes divisées dit-on
je ne veux d’affadis nuages pour auriges
ni de sémaphores pour vérité humaine
et pourtant consentir que ces ombres m’échappent
quand la lampe de mes jours franchira la nuit

M. T.

(Le Passe-Muraille, No 42, Juillet 1999)

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